Un rêve de 20 ans
Nucourt et Wenings sont jumelés
et vivent une véritable amitié depuis plus de 40 ans.
Tous les deux ans une équipe composées d’Allemands et
de Français se lance sur les routes des deux pays pour un raid
cycliste d’environ 700 km (distance qui sépare nos deux
villages). Je rêvais de le faire depuis le premier et cette
année pour le 20ème anniversaire je suis
enfin libre de partir.
Préparé depuis plusieurs
mois, notre périple nous emmènera sur les routes
bretonnes et normandes en 6 jours.
Nous nous retrouvons donc dimanche 13
mai à Trébeurden avec vélos et bagages pour le
départ lundi. Nous sommes 17 en tout : 8 Allemands et 9
Français et 3 véhicules d’accompagnement, 3 cyclistes
nous rejoindrons en fin de semaine, pour des raisons personnelles ils
ne peuvent faire tout le parcours.
Lundi : Trébeurden / Saint Brieuc
C’est mon premier raid et je stresse
un peu mais le moral est bon malgré la pluie fine au moment du
départ, heureusement cela ne dure pas mais le ciel reste
gris. Nous longeons le littoral ; la Côte de granit rose
est très belle même sans le soleil. Nous rendons une
petite visite un couple d’ancien Nucourtois qui avait participé
au jumelage ; Tant pour les Français que pour les
Allemands il y a un réel plaisir à se retrouver.
Parcours assez vallonné mais ça passe bien. Nous
passons au Goëlo, j’ai une pensée pour les copains qui
seront là dans quelques jours avec leurs rollers ; puis
c’est l’arrivée à Saint Brieuc après 137 km
sur la selle (oui, oui c’est ce qui fait le plus mal).
Mardi : Saint Brieuc / Saint Malo
Prévisions météo
exécrables, même scénario qu’hier au départ.
Visite à l’Abbaye de Beauport, à Fort Lalatte, au Cap
Frehel et à Saint Cast. A Erqui nous attendons un véhicule
qui s’est perdu. La côte est belle mais le parcours est une
succession de montées et de descentes, dur ! dur !
En chemin nous rencontrons une jeune Canadienne qui visite l’Europe
de l’ouest en… vélo, elle va jusqu'à Saint Malo et
fera route avec nous. Lors d’un arrêt à Matignon (oui,
oui c’est vrai) nous sommes contacté par une journaliste de
Ouest-France qui veut faire un article sur notre épopée
(arrivé à Nucourt nous aurons cette article). A 30 km
de l’arrivée la pluie se met a tomber, de plus j’ai perdu
le groupe, mais j’ai encore la voiture d’accompagnement pour moi
tout seul. Il pleut de plus en plus froid. Je suis trempé mais
je ne veux pas arrêter. Nous nous retrouvons à Dinard,
encore quelques kilomètres et nous arrivons à Saint
Malo ; Hélas pour nous le pont est ouvert pour le passage
d’un cargo qui sort du port. Nous attendons trempés dans la
pluie et le vent passionné par le spectacle de ce navire
manœuvré par 2 remorqueurs. 135 km assez pénible a
cause de la pluie, des côtes, du mal aux fesses etc. Après
le réconfort d’une douche et avant de dîner nous
faisons le tour des remparts. Rébecca, mais oui notre
canadienne, est avec nous, nous avons décidé, a
l’unanimité, de lui offrir le repas et la nuit à
l’hôtel, cela la change de … sa tente de camping (j’ai
failli dire canadienne). Ce soir c’est l’anniversaire de Hartmut
et il soufflera ses bougies au milieu des chants et des rires.
Mercredi : Saint Malo / Mont Saint Michel
Le temps restera sec toute la journée
mais couvert avec quelques éclaircies et, comme depuis lundi,
le fort vent d’ouest, donc dans notre dos, nous pousse ; C’est
le point positif de cette météo douteuse. Passage à
la Pointe du Groin et à Cancale pour une dégustation
d’huîtres, nos amis Allemand goûtent, après
hésitation, et apprécient. La parcours est assez
vallonné jusque à Cancale ensuite c’est tout plat. A
midi nous faisons un détour par Dol de Bretagne, nous sommes
invité par la belle-mère de Alain, pour un repas
typique de galettes (faites devant nous), saucisses, cidres et far
breton dans une ambiance des plus joyeuses. L’après midi
nous perdons le groupe de tête, qui fera plusieurs km
supplémentaires avant de nous rejoindre peu avant l’hôtel.
L’étape était courte : 82 km et nous avons du
temps pour aller visiter le Mont d’abord de jour puis de nuit.
Visiter ce site après quelques centaines de kilomètres
…dur, dur.
Jeudi : Mont Saint Michel / La Ferté
Macé
Le temps est gris, l’étape
étant courte, 92 km prévu, le départ est retardé
à 9 heure 30. Nous partons vers le Mont en vélo pour
faire une photo, mais hélas il reste désespérément
caché par un épais brouillard. Au moment de revenir ce
dernier se transforme en crachin qui nous trempe jusqu’au os,
heureusement le vent est toujours derrière nous. A midi petit
miracle (non la pluie ne s’est pas arrêter) nous trouvons un
préau bien abrité du vent et de la pluie avec vue sur
un lac où évolue un couple de cygne, c’est
fantastique ! le pique nique avec champagne (allemand) et kouing
amann se passe au sec. Dans l’après midi la pluie cesse
enfin et nous ferons les derniers kilomètres sur route sèche.
Nous avons fait 112 km. Après la douche nous allons visiter
Bagnoles de l’Orne et nous retrouver devant un verre de bière
à la santé de Reinold (un Allemand qui a participé
plusieurs fois). Le soir nos amis allemand offrent à chacun
un T shirt avec une photo du groupe puis nous regardons un photo
reportage du dernier raid. Cette étape sans grande difficulté
a été assez pénible à cause de la pluie,
mais le bain chaud semble avoir remis de l’ordre dans mes muscles
mais pas dans ma gorge qui me pique.
Vendredi : La Ferté Macé /
Evreux
Etape la plus longue prévue,
donc un peu de stress au départ. Depuis hier cet entraînement
porte ses fruits et ce matin je n’ai presque plus mal nul part. Il
ne pleut pas, mais il y a du brouillard ; serait-ce un signe de
beau temps ? Visite au château de Carouges : il est
encore fermé, nous faisons quelques photos et repartons. Le
terrain est un peu vallonné au début puis presque plat.
Alors que nous roulons le peloton de tête fait une rencontre
inattendue : un essaim d’abeilles, résultat le moitié
du groupe se retrouve avec une ou deux piqûres, principalement
à la tête, sous le casque. Pique-nique à Moulin
la Marche avec quelques gouttes d’eau puis (presque) le soleil pour
repartir. Dans l’après midi nous décidons un arrêt
pour nous relaxer dans cette longue étape ; C’est à
Damville sous le superbe kiosque à musique un bar a installé
quelques tables et chaises. Nous nous installons et commandons et
surprise en même temps que nos consommations on nous apporte
des assiettes de petits canapés au jambon et des petites
saucisses. Le patron du bar a vécu en Allemagne et est
passionné de cyclisme. Soudain un inconnu nous aborde :
c’est un journaliste locale que notre périple intéresse
pour son journal, nous ferons une photo devant le bar (un peu de
publicité, c’est bien normal). Il est curieux que nous ayons
été contacté durant ce raid par 2 journalistes
alors que cela ne s’était jamais produit en 20 ans. Arrivée
à Evreux sous le soleil (enfin), la route a été
longue, 158 km, mais tout va bien, j’ai eu du plaisir a rouler
aujourd’hui. Le soir plusieurs personnes, dont les trois cyclistes,
nous ont rejoint . C’est notre dernière soirée
ensemble et nous sommes par table ronde de 8 personnes, au milieu du
repas nous éprouvons le besoin d’être ensemble et nous
nous regroupons autour d’une même table. Nous finirons le
repas au milieu des rires et des chants, en français et en
allemand, tassés autour d’une table devenue trop petite,
c’est la fête avec une pointe de nostalgie.
Samedi : Evreux / Nucourt
Dernière étape, là
pas trop de surprise nous connaissons le relief et les quelques
belles côtes en perspective. Le temps est légèrement
couvert mais très vite le soleil se lève. Ce matin
c’est la forme pas de stress juste un peu d’inquiétude :
la crevaison , la chute etc. La montée au Château
Gaillard au Andelys ne me pose (presque) pas de problème, vite
oubliée tant la vue est magnifique. Le pique-nique de midi est
à la Roche Guillon sur les bord de la Seine ; Nous sommes
en avance et nous prenons le temps de la « bronzette »
et dégustons calmement notre schnaps. Nous repartons pour les
40 derniers kilomètres en passant par Vetheuil, Villarceau, le
moulin de Fourges et Magny en Vexin. Nous nous arrêtons le
temps d’enfiler la « tenue réglementaire »
et c’est la montée vers Nucourt, point final de notre
périple. Aujourd’hui 110 km. Nous avons donc parcouru 734 km
depuis lundi. Je suis fatigué, j’ai les muscles endoloris
mais je suis heureux, j’ai réussi mon challenge, le roller
mène à tous même à ça. Le soir
c’est la fête et je trouverais encore assez d’énergie
pour danser. Demain c’est le départ de nos compagnons
allemand. Dans deux ans se sera en Allemagne, j’y serai …
Jean-Victor Risetto, le 22 mai 2007.
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